200 millions d'euros. Une Union. Sept tranches.
Le 9 décembre 2025, la Haute représentante Kaja Kallas et la commissaire Marta Kos ont annoncé une nouvelle tranche de 30 millions d'euros au titre du programme « EU4People of Belarus ». Avec cette décision, le soutien total de l'UE à la société civile bélarusse depuis 2020 atteint 200 millions d'euros. L'instrument est NDICI – Global Europe ; la gestion relève de la DG NEAR (direction générale de l'élargissement et du voisinage oriental).
Chronologie des tranches.
Août 2020 — 3,7 millions d'euros. Soutien d'urgence après les élections du 9 août : victimes de la répression, médias indépendants. Annonce d'Ursula von der Leyen, dans le cadre d'un premier paquet de réaction de 53 millions d'euros (incluant les enveloppes futures pour les PME et les médias).
Décembre 2020 — 24 millions d'euros. Décision de la Commission C(2020)8954 : programme « EU4Belarus: Solidarity with the People of Belarus ». Quatre objectifs : société civile et médias (8 M€), jeunesse et bourses (8 M€), PME (4 M€), santé / COVID-19 (4 M€). (annexe de la décision, PDF)
Décembre 2021 — 30 millions d'euros. Décision C(2021)9448 : « EU4Belarus: Reinforcing Resilience and Democratisation ». Renforcement du soutien à la société civile, aux médias indépendants et à l'éducation en exil.
Décembre 2022 — 25 millions d'euros. Décision C(2022)8721 : « EU4Belarus: Supporting Societal Resilience and Human Capital ». Société civile et défenseurs des droits humains — 10 M€ ; éducation et mobilité — 15 M€. (annexe de la décision, PDF)
Décembre 2023 — 30 millions d'euros. Programme « EU4People of Belarus: Human Rights and Education (2023) ». Les ventilations internes des tranches 2023–2025 ne sont pas publiées sous forme d'annexes à la date de rédaction.
Décembre 2024 — 30 millions d'euros. Programme « EU4People of Belarus: Strengthen Human Rights and Education ». Annoncé le 12 décembre 2024 ; à ce moment-là, le soutien cumulé de l'UE depuis 2020 s'élevait à 170 millions d'euros. (communiqué CE, 12 décembre 2024)
Décembre 2025 — 30 millions d'euros. Nouveau paquet « EU4People of Belarus », annoncé le 9 décembre 2025 lors d'une conférence au Parlement européen avec Kaja Kallas, Marta Kos et Sviatlana Tsikhanouskaya. Total sur cinq ans : 200 millions d'euros.
La chaîne des bénéficiaires.
L'argent de l'UE ne va pas directement aux ONG bélarusses. Il passe par des intermédiaires — agences d'États membres, fondations intergouvernementales, instituts culturels, partenaires-cadres — qui redistribuent ensuite les sous-subventions aux bénéficiaires finaux. C'est l'architecture standard du NDICI pour les pays sans relation gouvernementale opérationnelle.
CPMA · Agence centrale de gestion de projets (Lituanie) — 27,4 millions d'euros. Principal exécutant des programmes éducatifs : SALT I (4 M€), SALT II (14 M€), SALT III (9,4 M€), ainsi que le EHU Trust Fund (4 M€) pour l'Université européenne des sciences humaines à Vilnius. Bénéficiaires finaux : étudiants et chercheurs bélarusses. (CPVA · SALT I · SALT III)
BERD — 4 millions d'euros. Programme SME Abroad (ASB + Star Venture) : conseil aux PME bélarusses en exil. 270+ entreprises bénéficiaires déclarées en Lituanie, Pologne, Lettonie, Estonie. (BERD)
Prague Civil Society Centre — 3 millions d'euros. Free Media Hub EAST : re-subventions à 15+ médias indépendants en exil. (PCSC)
Institut Goethe (Vilnius). Programme MOST / MOST+ / MOST IV — mobilité des professionnels. La part UE n'est pas ventilée publiquement ; le programme déclare lui-même 5 560+ participants depuis 2015.
Danish Cultural Institute — 2 millions d'euros. ArtPower Belarus : 83 projets culturels, 231 participants directs. (Danish Cultural Institute)
EED · Fondation européenne pour la démocratie. Subventions directes aux ONG et médias ; une partie des 8 M€ de la tranche 2020 a transité par l'EED. L'EED ne publie pas la liste de ses bénéficiaires finaux par principe — pour protéger ses équipes et partenaires sur le terrain. C'est une décision défendable en contexte de risque, mais elle crée une zone d'ombre dans la redevabilité publique.
DT Global Europe. Programme EU4 Independent Media (EU4IM) : subventions jusqu'à 100 k€ par projet journalistique. La ventilation complète des bénéficiaires n'est pas publiée dans les documents publics de la Commission.
Accord-cadre de partenariat (EuropeAid/164964/DH/FPA/Multi, 2019). Principal mécanisme de subventions directes aux grandes ONG internationales. Aucune liste consolidée des organisations partenaires couvrant le volet Bélarus n'est publiée.
Parmi les bénéficiaires finaux nommés par les donneurs ou auto-déclarés : Zerkalo.io (EED, « soutien institutionnel clé »), Belsat TV (74 millions PLN en 2023, donneur principal : MAE polonais), Radio Free Europe / Radio Liberty (5,5 M€ de l'UE en 2025 après l'arrêt de l'USAID), IAPB (Plateforme internationale de redevabilité pour le Bélarus, fonds-panier UE + 19 États), et 21 médias bélarusses via le JX Fund.
Ce qui n'est pas divulgué publiquement.
Une partie de l'architecture NDICI est opaque par conception — non par mauvaise foi, mais pour des raisons de sécurité. Publier la liste des bénéficiaires finaux au Bélarus peut signifier des arrestations. Donneurs et observateurs indépendants reconnaissent cette logique. Mais au-delà de cette enveloppe, il existe des zones où la fermeture n'a pas de justification liée au risque et complique l'évaluation publique.
Annexes des décisions de la Commission 2023, 2024 et 2025. Pour les tranches 2020 et 2022, la ventilation par objectif et par instrument est publiée en annexe PDF. Pour les tranches 2023–2025, seuls les communiqués sont accessibles sur le site public de la DG NEAR ; les annexes des action documents avec la ventilation par objectif et instrument ne sont pas publiées.
La liste des partenaires-cadres (FPA). L'accord-cadre de partenariat est la principale « porte » d'accès aux subventions directes de l'UE pour les grandes ONG internationales. Aucune liste consolidée des organisations sous FPA pour le volet Bélarus n'est publiée.
Liste des sous-bénéficiaires de l'EED au Bélarus. Non divulguée par principe. Décision du donneur, pas faille systémique ; à signaler séparément.
Allocation du programme MOST sur l'enveloppe UE. L'Institut Goethe publie des statistiques globales, mais la part UE du budget du programme et sa distribution par type de participant ne sont pas ventilées publiquement.
Ce que dit la Cour des comptes européenne.
En novembre 2025, la Cour des comptes européenne a publié le Rapport spécial SR 11/2025 « Transparency of EU funding granted to NGOs ». Le rapport ne porte pas spécifiquement sur le Bélarus — il couvre l'ensemble du système de financement des ONG sur budget de l'UE.
Principales conclusions : le financement des ONG sur fonds européens « reste opaque » ; le système de transparence financière (FTS) ne permet pas de tracer les bénéficiaires finaux des sous-subventions ; les gestionnaires de fonds s'appuient principalement sur les auto-déclarations des ONG ; aucune fraude n'a été identifiée, mais des lacunes systémiques de traçabilité ont été confirmées par l'auditeur même de l'UE.
C'est un point d'ancrage important. Lorsque nous évoquons l'opacité de 200 millions d'euros sur le volet Bélarus, ce n'est pas une hypothèse journalistique — c'est un constat de l'auditeur même de l'UE, appliqué à l'architecture par laquelle transitent aussi les tranches bélarusses. (CCE · SR 11/2025)
La suite pour Godze.
Nous documentons ce qui est connu, signalons ce qui est fermé, et exerçons le droit d'accès aux documents prévu par le règlement (CE) 1049/2001. C'est un mécanisme légitime accessible à tout résident de l'UE.
Trois demandes sont en préparation : la ventilation des tranches 2023 et 2024 (action documents), une liste consolidée des partenaires FPA sur le volet Bélarus, et les statistiques agrégées des sous-subventions SALT par type et pays de bénéficiaire.
L'objectif n'est pas l'accusation mais la cohérence des données. Pour que toute personne souhaitant comprendre où vont les 200 millions d'euros puisse ouvrir une seule page et y voir une vue complète et vérifiable.
Godze ne tire pas de conclusions sur l'intégrité d'un bénéficiaire particulier. Nous enregistrons la structure, les montants et les sources.